Le courrier du bonheur de Solange Harvey (3)

Comme chaque vendredi, voici d’autres extraits choisis du livre Le Courrier du bonheur de Solange Harvey, publié en 1978. Il contient des lettres reçues dans son fameux courrier du cœur, qu’elle a tenu dans le Journal de Montréal de 1975 à 2000.

Le courrier du bonheur, Solange Harvey

Allons-y gaiement avec une femme que son conjoint désire pimper :

Prisonnière d’un impossible amour
J’ai 25 ans et mon ami en a 32. Je fais l’amour avec lui très souvent, mais il me demande de faire l’amour à trois. Je refuse toujours. Il voudrait que je couche avec les hommes et que je me fasse payer. Lui, il sort souvent seul. Il me dit de rester à la maison et menace de me tuer si je couche avec un autre que lui. Il est divorcé et a un enfant de dix ans. Je travaille, mais il ne me reste jamais un sou. Il me dit souvent qu’il veut sortir avec une autre fille, puis il me dit qu’il m’aime beaucoup et qu’il ne veut pas me quitter. Moi aussi, je l’aime. Je lui dis d’aller travailler, mais il ne veut pas. Il reçoit beaucoup d’appels de filles et lorsqu’il sort, je lui demande de m’emmener avec lui, mais il ne veut pas. Quand je suis seule, je pleure souvent. Je voudrais mourir, mais je l’aime beaucoup. J’attends un bébé et il s’en fout. Ça fait deux mois que ça dure. Je voudrais des conseils pour le garder avec moi. —Une désespérée.
Je ne peux pas, en toute honnêteté, te donner de conseils pour garder cette homme (…) ça me dépasse de penser qu’en 1977, il y ait des gens aussi masochistes et ignorants (…) Je t’envoie des pensées de lumière et de force.

La lettre du prochain correspondant se résume ainsi : il a envie de fourrer.

Trop ancré dans les principes
L’indissoulubilité du mariage prend fin avec la mort de l’un ou l’autre des conjoints. Ma femme m’a quitté depuis trois ans en me laissant deux enfants. Elle s’est remariée depuis. Dans mon cas comme dans celui de bien d’autres, pourquoi ne peut-on pas dire qu’il y a mort? J’adore mes enfants, mais je trouve cela injuste et contre nature de me voir forcé de continuer à vivre frustré dans ma vie sociale et sexuelle. Cette frustration ne peut-elle pas avoir des répercussions sur mon équilibre et sur celui des enfants? Sortir, rencontrer des amis, faire du sport ne m’apportent pas grand chose du côté sexuel. J’en sais quelque chose! J’aimerais refaire ma vie, avoir un foyer heureux. Mes principes religieux sont-ils vraiment trop forts? Vont-ils faire de moi un demi-homme jusqu’à la fin de mes jours? Vont-ils me faire «capoter»? Autant de questions dont j’aimerais connaître les réponses. J’ai confiance en vous. —J’ai besoin de soleil.
Il serait souhaitable que vous rencontriez un bon prêtre de votre religion qui vous déculpabiliserait et vous ferait comprendre que vous pouvez refaire votre vie. (…) Je trouve un peu dommage que vous ayez attendu trois ans avant de faire quelque chose. Votre Créateur vous a fait homme alors vivez comme un homme et cessez de vous faire violence.

À ce stade-ci, si vous avez lu les premiers extraits qu’on a mis en ligne, vous avez peut-être remarqué que Solange fait souvent référence au Créateur, à la lumière, à l’Être supérieur. Bref, la rhétorique habituelle des Alcooliques Anonymes… À preuve, les deux premières lettres, il y a deux semaines. D’ailleurs, les premières pages du Courrier du bonheur sont remplies de prières du type A-A. Remettre sa vie entre les mains du Grand Maître pour arrêter de boire, c’est bon, mais croire en une diseuse de bonne aventure ça ne fait pas de sens ? Lisez la lettre qui suit :

Cartomancienne de malheur
Dernièrement je suis allée chez une «tireuse de cartes» qui m’a prédit trois choses. Premièrement, elle a dit que je me ferais dévaliser et cela m’est effectivement arrivé, quelques jours plus tard. Je me suis fait voler mon sac à main. Deuxièmement, je devais rencontrer un blond aux yeux bleus et encore une fois, ça s’est produit dans un party chez ma cousine. La troisième chose c’est qu’un accident doit m’être fatal. J’ai peur, je n’ose plus sortir. Je sais habituellement garder mon sang-froid, mais les deux tiers de ce qu’elle m’avait prédit sont arrivés. Aussi, je crains d’avoir un accident. Je ne vis plus. —S.
Il faudrait que tu évites d’aller te faire tirer aux cartes car tu es beaucoup trop influençable. Je déplore l’existence de cette pratique car trop de gens s’y laissent prendre et ne vivent qu’en fonction de ce qu’il leur a été prédit. (…) On ne devrait pas permettre que ce genre de personnes prédisent des choses malheureuses car ça s’enregistre automatiquement dans le subconscient des gens et c’est bien cela qui fait le plus de tort. Mets ta confiance dans le Grand Maître qui te protège et cesse d’avoir peur.

On aurait aussi pu répondre à cette pauvre dame qui n’osait plus sortir que rester dans son lit, c’est dangereux, car la plupart des gens y meurent.

Si vous avez raté Solange vendredi dernier, voici le lien. D’autres extraits vendredi prochain ! D’ici là, vous pouvez aussi revenir sur Vieille Marde pendant la semaine hein, on va avoir d’autres choses !

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5 Comments

  1. La Comtesse Jamila

    énorme

  2. Pingback: Le Courrier du bonheur : Solange se le fait dire ! | Vieille Marde (point com)

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