Landry-la-mâchoire et autres fiers-à-bras

L’Almanach Jupiter des records et des exploits du Québec est une source inépuisable de divertissement, on vous l’avait dit l’autre fois ! Tel que demandé ces derniers jours sur notre page Facebook, voici, tiré du même ouvrage, Landry-la-mâchoire !

Il a eu beau travailler aux côtés de Buffalo Bill, de développer maints tours de force et donner mille et un spectacles, c’est sa mâchoire qui l’a rendu célèbre. Prudent Landry, le roi de la mâchoire, soulevait des sacs de farine de 45 kg (100 livres) alors qu’il n’avait que cinq ans. Son grand-père, David, voulait qu’il soit un jour plus fort que Louis Cyr. Doué d’une force peu commune, on reconnut cependant vite que sa mâchoire était encore plus extraordinaire. À 13 ans, il soulevait de terre, avec ses dents, un baril de 408 kg (900 livres). Prudent fraya avec les Cyr, Lambert, Barré, Cloutier, Décarie et plus il prenait de l’âge, moins il enviait ces surhommes adulés, étant devenu lui-même le champion du mnde de la mâchoire après avoir levé avec ses dents un poids de 872 kg (1 923 livres). La route internationale s’ouvrit alors et Lou Dufour l’engagea dans son cirque pour une tournée des États-Unis. Lançant défi sur défi, il fit même face au géant Kelso, un petit… homme de 282 kg (623 livres) et, évinça, en sa présence, le dernier record homologué et ses dents, cette fois-ci, retinrent 2 037 kg (4 492 livres) et aussi l’attention des spectateurs. C’était en 1906. Avant de travailler pour le cirque de Barnum et Baily, Prudent s’associa avec Buffalo Bill et Flossy La Blanche pour former pendant un an le « Landry Big trio ». D’autres tournées l’amenèrent en 1928, en Allemagne et jusqu’en Russie. C’est en 1930 qu’il commença sa vie publique dans la région du Saguenay. Plusieurs familles de cette région gardent encore le souvenir de ses exploits, soit un fer à cheval ou une barre de fer qu’il s’amusait à plier avec ses dents. En effet. quand Landry eut cassé un fer à cheval de bonne dimension que le forgeron Ulisse Larouche avait trempé (pour le rendre ainsi deux fois plus solide) sa réputation fit le tour du canton comme une traînée de poudre. Que ce fût pour lever 18 hommes de terre avec sa seule mâchoire, ou une table de billard sur laquelle avaient pris place deux gros hommes d’Alma, Landry n’avait pas son pareil et aucun poids ne résistait à ses maxillaires magiques. Dans un spectacle, au théâtre d’Alma, trois hommes ne réussirent pas à tourner un manche de hache qu’il tenait solidement entre ses dents. Il répéta l’expoit à Saint-Jérôme alors qu’un des trois hommes était Victor Delamarre.

La plus forte mâchoire
Pas question de vous sauver si Christian Michelin a décidé du contraire. Que vous soyez en moto, en auto, en camion ou même dans un train ou un autobus. C’est que M. Michelin a la mâchoire la plus forte. Grâce à un dispositif spécial qu’il place entre ses dents, auquel vient s’attacher une chaîne qui le relie à un camion ou une voiture de toute sorte, Christian Michelin demande au conducteur d’accélérer; il a beau avoir le pied pesant sur la pédale d’accélération, si Michelin a décidé de le retenir sur place, il n’avancera pas d’un pil. M. Jean-Louis Chaîné en a fait la preuve lorsqu’il se présenta avec son camion de 22 tonnes. Michelin, un gaillard de 102 kg (225 livres) et mesurant 1 m 70 (5 pieds et 7 pouces) est Français d’origine, natif de la région des Ardennes. Son ambition est de devenir l’homme le plus fort au monde et de se promener d’un pays à l’autre avec son chapiteau sous lequel il présenterait son spectacle intitulé « les sept travaux d’Hercule ». Pour y arriver, Christian Michelin s’entraîne tous les jours pendant quatre heures. Il soulève des poids et des haltères. Question de se faire la dent, il lui arrive souvent de prendre deux motos avec leur conducteur. Il leur lance le défi de se sauver. Michelin met en place sa chaîne qui le relie aux motos et donne le signal aux motocyclistes d’accélérer. Tout ce que vous pouvez voir, c’est de la fumée, les roues arrière tournent dans le vide en frôlant l’asphalte, ce qui occasionne la fumée qui provient des pneus qui commencent à avoir chaud. Ce n’est pas tout, Michelin peut soulever de terre un poids de 505 kg (1 114 livres), il s’amuse aussi à tordre des barres de fer de 1,59 cm d’épaisseur en les frappant sur son avant-bras à grands coups.

Malheureusement, Christian Michelin, qui présentait ses tours de force il y a quelques années encore, est décédé en août 2010 à l’âge de 71 ans.

Le « jeune de six millions », suivi d’une vidéo assez… euh… spéciale…

Le jeune de 6 000 000 $
À 10 ans, les jeunes n’ont pas tous le goût ou la capacité de se faire passer sur le corps par une voiture ou de se faire casser de grosser pierres placées sur le ventre. La plupart des jeunes de cet âge sont encore à l’école, mais ça aussi ce n’est pas toujours le désir de chacun. En tout cas pas celui de Luc Héon. Il préfère réaliser ses exploits que d’aller à l’école. Il faut dire qu’il a été influencé par son père Gaston, plus connu sous le nom de « Hercule canadien ». Son fils Luc a choisi de suivre la même voie que lui et ils travaillent ensemble. Son père lui transmet ses techniques, c’est une école si vous voulez. On se laisse pas passer une voiture sur le corps comme ça, il y a des techniques. C’est un poids de deux tonnes qui va passer sur vous, il faut donc savoir s’y prendre. Pour Luc Héon, pas de problème, cela fait partie de son spectacle. Question de se détendre un peu, juste après ce numéro, il se couche sur le dos et son père lui place sur le ventre une pierre qui fait plus que son poids, il prend une masse et la casse en petits morceaux. Un peu comme une bûche sur laquelle vous fendez du bois, le jeune Luc ne bronche pas. Il ne ressent aucun trouble de digestion par la suite, pour autant ce n’est pas un exercice à prescrire à ceux qui souffrent de troubles d’estomac. S’il a les abdominaux solides, le jeune Luc Héon a aussi un dos à toute épreuve. Alors que la plupart des gens détestent se faire jouer dans le dos, Luc Héon adore ça, il peut supporter un poids de 317,5 kg (700 livres) sur son dos; en voilà un qui a le dos large, il est capable d’en prendre. Le jeune Héon a impressionné la télévision américaine mais un peu trop. Les responsables de la plus populaire émission de télévision « That’s incredible » ont jugé que les prouesses du jeune Héon risquaient d’influencer d’autres jeunes de son âge qui n’avaient pas la préparation nécessaire pour accomplir de telles performances et qu’il y avait des risques que cela entraîne des dommages irréparables pour d’aucuns; ils décidèrent alors de ne pas présenter le jeune Héon dans le cadre de cette émission la plus écoutée.

On a cherché sur Google pour Gaston Héon et son fils Luc, et on les a trouvé dans Toute la Bible en parle (!) où on voit le duo en compagnie d’un ours lutteur prénommé Guy-Guy. Ça commence vers la troisième minute du vidéo. À voir ici.
Luc Héon avait 20 ans à cette époque. L’ours en avait sept et l’animateur s’inquiète vivement de le voir s’échapper en sautant dans le fleuve (l’ours, pas Luc)… On y apprend également que Guy-Guy aime bien boire du Pepsi. Ensuite Luc annonce avec la peur dans la voix que Jésus est sur le bord de venir nous chercher. Alors pour se calmer, il retourne se battre avec l’ours (vers la 19e minute du clip si vous voulez pas vous le taper au complet), et son père en profite pour nous annoncer qu’il est certain que son fils prend de la drogue à l’école. Bon… eh ben… J’vous ai-tu donné le lien ? Oh oui, allez le voir !

Y’a pas que la mâchoire dans la vie. Il y a aussi le menton :

Le menton plus fort que les bras
Tout petit, on aime imiter les grands. Jacques Boissonneault n’était pas différent des autres à l’âge de 12 ans. Il assista un jour à une pièce de théâtre là où son frère était pensionnaire. Il y avait là un équilibriste qui a donné un spectacle. Une fois à la maison, Jacques Boissonneault a voulu faire la même chose. Il plaça une chaise sur son menton pour la faire tenir en équilibre et il y arriva facilement. Il venait de découvrir son talent en même temps que sa vocation. Il se mit à ajouter des chaises et il réussissait quand même à faire tenir tout ça en équilibre. Il découvrit très vite que son menton était plus fort que ses bras et qu’il n’y arrivait jamais ailleurs que sur son menton. À 18 ans, c’est le début officiel de sa carrière, aujourd’hui, après 25 ans de mariage avec cette carrière, il a donné 1000 représentations défiant la mort à chaque fois. Un de ses numéros consistait à placer deux petites planches superposées, en équilibre, au bout d’un manche à balai; à chacune des extrémités de ces planches, il plaçait un petit réchaud à l’huile dans lequel il mettait le feu pour ensuite y déposer un silex à café. Une façon comme une autre de faire son café le matin, n’est-ce pas ? Il mettait l’autre extrémité du manche à balai sur son menton et il descendait par la suite se coucher au sol sur le dos en maintenant tout l’appareil en équilibre. Vous voyez un peu ce que cela donne. Il faut être poli dans la descente et ne laisser s’échapper aucune goutte de café car il est bouillant. ll ne faut surtout pas que se produise un déséquilibre avec ces quatre silex à café dans les ars juste au-dessus de lui. M. Boissonneault présente plusieurs numéros aussi dangereux les uns que les autres. Il place une hache en équilibre sur son menton et il y ajoute ensuite trois autres haches en équilibre les unes par dessus les autres. Il est couché sur le dos comme dans le numéro avec les silex à café. Il met aussi la pointe d’une épée en équilibre sur son menton, ce qui a pour effet de faire pénétrer l’épée jusqu’à l’os du menton et de le faire saigner chaque fois qu’il répète ce numéro. Son spectacle en énerve plusieurs, il lui est déjà arrivé que le patron du club qui l’engageait annule son spectacle parce qu’il avait trop peur. Quand M. Boissonneault présente son spectacle, on pourrait entendre une mouche voler, tout le monde retient son souffle et vous n’entendez que des briquets qui s’allument, ce qui démonte l’état de nervosité de ceux qui assistent au spectacle. Lui aussi est nerveux, mais cela se passe la semaine précédant le spectacle. Il ne mange pas ou presque. Sa femme ne peut même plus voit ses exploits tellement elle craint le pire.

L’homme-remorque
Il est plutôt rare qu’un garagiste voit arriver chez lui une voiture en panne tirée par un homme en chaise roulante, travail normalement réservé à une dépanneuse spécialement équipée pour ce genre de travail. C’était pourtant bien ce tableau qui s’offrait à notre garagiste ce jour-là. Valdi Brignonne découvrait bien plus que ça ce jour-là; il venait de prendre conscience qu’il existe en nous des forces insoupçonnées qui ne demandent qu’à être utilisées, il suffit d’y faire appel. C’est ce qu’il avait fait en ce matin de mai 1973. Sa voiture est tombée en passe sur l’autoroute et malgré ses appels répétés de détresse pour avoir de l’aide et déplacer sa voiture pour la mettre en sécurité, personne ne le voyait ou ne l’entendait. Il pensa soudain à ses câbles dans le coffre de sa voiture, il décida de relier sa voiture à sa chaise roulante avec ceux-ci et de remorquer sa voiture au garage le plus près. C’est à ce moment que les curieux se sont arrêtés non pas pour lui offrir de l’aide mais plutôt pour le voir tirer sa voiture d’une façon aussi originale. C’est sans doute ce qui a permis à Brignonne de doubler ses forces et de réaliser cet exploit. Depuis ce temps-là, Brignonne a fait le tour du Québec, d’une ville à l’autre, d’un centre commercial à l’autre pour démontrer que ce n’est pas la longueur d’une colonne vertébrale qui fait la force. La sienne n’a que 20 cm (huit pouces) à partir des cervicales suite à une chute du mât de son chalutier qui le paralysa. Pour Valdi Brignonne, la force est dans notre tête. Depuis cette panne de voiture sur l’autoroute, où il a pris conscience de cette puissance qui sommeille en chacun de nous, Brignonne s’en sert pour améliorer son état physique et pour transmettre aux gens ce message; pour cela il faut toujours donner des preuves de ce que l’on avance et c’est ce qui explique ses déplacements aux quatre coins du Québec où il accomplit ses tours de force. Il est loin le temps où il a tiré sa voiture, aujourd’hui il peut même tirer une dépanneuse et encore plus il y ajoute, derrière, un autobus pour faire plus spectaculaire. Il dit pouvoir tirer jusqu’à 42 tonnes de cette façon. Valdi Brignonne n’a pas fini d’étonner les Québécois.

Enfin ceci ne serait pas complet sans le plus grand iconoclaste que le Québec ait connu, Antonio Barichievich (1925-2003), le célèbre Grand Antonio.

Et le Grand Antonio
Celui qui fait le plus parler de lui de nos jours, c’est le grand Antonio. Il sais soigner son image. Il a adopté l’allure de l’incroyable Hulk de la série télévisée et il voudrait bien réaliser le plus grand rêve de sa vie : tourner un film en Inde qui s’appellerait « l’incroyable homme des neiges »; évidemment le rôle principal serait tenu par The Great Antonio. Il n’a pas besoin d’être fort pour impressionner, Antonio. Contrairement à tous les autres hommes forts, Antonio ne passe pas inaperçu, avec ses 231 kg (510 livres) et ses 1,93m (6 pieds quatre pouces), sa barbe et ses cheveux longs. Il a parcouru le monde entier pour s’affronter à des lutteurs les plus populaires de leur pays. Antonio les prenait par dix et les faisait voler par dessus bord. Antonio est aussi solide que l’arbre sur lequel il vient au pas de course s’arrêter pour endurcir ses abdominaux. Antonio prend plaisir à s’entraîner de cette façon et pas besoin de vous dire aussi il y va de bon coeur. Il sait choisir parmi les plus gros arbres, sinon il risque de tomber par terre avec l’arbre s’il l’a choisi trop faible. Antonio s’est surtout fait connaître avec des combats de lutte, ce qui ne l’empêche pas d’accomplir des prouesses de temps en temps. En 1983, l’équipe de l’émission américaine Real People venait à Montréal pour faire tirer quatre autobus Voyageur par Antonio. Les autobus sont reliés entre eux par des chaînes et Antonio enroule l’autre bout de la chaîne à son épaule pour tirer. Pour passer le temps, il lui arrive très souvent de se rendre au coin de la rue et d’attendre l’autobus de la Commission des transports de la Communauté urbaine de Montréal. S’il attend l’autobus, ce n’est pas pour monter à l’intérieur comme tous les autres usagers. Antonio est placé dans la rue à quelques pieds avant l’arrêt, de sorte que le conducteur doit s’arrêter ou passer sur lui. Antonio offre alors au conducteur de tirer l’autobus avec ses voyageurs à l’intérieur jusqu’à l’arrêt final. Certains conducteurs refusent et Antonio les laisse passer en maugréant un peu quand même. Parfois, le conducteur joue le jeu. Il place son véhicule en position neutre et enlève les freins. Antonio installe alors sa chaîne sous le pare-chocs et l’autre bout de à son épaule droite, il tire de toutes ses forces. L’autobus avance lentement puis, à destination, les voyageurs descendent.

Pour les intéressés, un site à voir avec de très belles affiches de l’âge d’or de l’homme fort :
Old Time Strongmen.
Il y a beaucoup de Québécois sur le site, le Grand Antonio et Gaston Héon notamment, mais aussi des types tels Victor Delamarre, mentionné ici dans un billet précédent.

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