Le 20 juin 1985, René Lévesque démissionne de son poste de chef du Parti québécois et quitte peu après ses fonctions de premier ministre du Québec. Dans son numéro d’octobre suivant, le magazine CROC se souvient…
Notes pour un portrait de René Lévesque
De — Directeur de la publicité
À — N’importe qui qui a une idée
Objet — Image du Premier ministre
Bon ça y est : y’est parti ! Ça n’a pas été facile mais Pierre-Marc et Bernard vont être contents…
L’affaire c’est que maintenant, c’est moi qui est pris pour faire l’oraison funèbre pour les médias et je ne sais pas trop quoi dire !
Quels mots peuvent décrire un démocrate qui forçait ses ministres à démissionner dès qu’ils se mettaient à penser tout seuls, et qui menaçait son parti de démissionner quand celui-ci ne faisait pas exactement ce qu’il voulait ? « Autocrate démocratique » ? « Démocrate autoritaire » ?
Quelle expression peut décrire un social-démocrate qui avait proposé l’abolition de l’universalité des programmes sociaux ? « Social-démocrate de centre-droit » ? « Robert Bourassa » ?
Quel terme utiliser pour nommer un indépendantiste qui a réussi à perdre le droit de veto de sa province ? « Fédéraliste involontaire » ? « Nationaliste distrait » ?
De quel surnom affubler un joueur de poker qui se laissait bluffer par sa propre police ? « Machiavel niaiseux » ? « Rusé gogo » ?
Comment qualifier un politicien qui a laissé de côté un « préjugé favorable pour les syndicats » et réouvert une convention collective qui ne faisait pas son affaire deux ans après sa signature ? « Honnête crosseur » ? « Incorruptible hypocrite » ?
Faire le portrait de René Lévesque ? Facile ! Il n’y a qu’à trouver les mots pour décrire un homme qui est en même temps indépendantiste, péquiste, étapiste, souveraineté-associationniste et fédéraliste.
Il soutenait tellement de positions politiques à la fois qu’après avoir dépassé les libéraux sur leur gauche, il était en train de dépasser l’Union nationale sur sa droite, tout en se définissant comme un homme du centre. En fait, René Lévesque est le premier politicien de l’hémisphère occidental qui a réussi à occuper simultanément tout le paysage politique. Il me semble qu’une seule définition peut décrire son option politique : le centre périphérique…
En plus de tout ça, il a eu le front de dire, en parlant d’un de ses adversaires politiques, que « c’est à leurs actes qu’il faut juger les politiciens… » !
Une expression pour décrire un gars auquel ça a pris un an pour comprendre que plus personne ne voulait de lui : le « Bouché de New Carlisle » ?
En tout cas, si personne n’a d’idée, moi aussi je démissionne !
— Le directeur de la publicité
Magazine CROC, numéro 75, octobre 1985.









